{"id":8777,"date":"2015-06-14T20:44:08","date_gmt":"2015-06-14T18:44:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cittadellaeditrice.com\/munera\/?p=8777"},"modified":"2015-12-03T11:21:49","modified_gmt":"2015-12-03T10:21:49","slug":"quest-ce-que-mourir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cittadellaeditrice.com\/munera\/quest-ce-que-mourir\/","title":{"rendered":"Qu\u2019est-ce que mourir ?"},"content":{"rendered":"<p>On parle beaucoup en ce moment de Vincent Lambert, cet homme jeune qui est depuis 7 ans dans le coma. Il semble que, de m\u00eame que lors d\u2019un \u00e9pisode semblable en Italie il y a quelques ann\u00e9es, il y ait beaucoup de passion dans ce qui se dit ou s\u2019\u00e9crit, beaucoup de souffrance en tous cas chez les proches, divis\u00e9s sur la conduite \u00e0 suivre. Je ne voudrais pas aborder ici la question l\u00e9gale et politique, ni la question morale.\u00a0Je voudrais ici r\u00e9fl\u00e9chir en chr\u00e9tien, ou du moins essayer.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que nous, chr\u00e9tiens, croyons de la mort\u00a0? La r\u00e9ponse, il me semble, ne peut venir que d\u2019une contemplation de la mort de J\u00e9sus-Christ. Les \u00e9vangiles en font une histoire du Fils en face de son P\u00e8re. Un mot \u00e0 double sens dit le fond de l\u2019\u00eatre de J\u00e9sus mourant\u00a0: \u00ab\u00a0abandon\u00a0\u00bb. J\u00e9sus est abandonn\u00e9 <i>de<\/i> Dieu, laiss\u00e9 seul \u00e0 son \u00e9chec\u00a0: il n\u2019a pas instaur\u00e9 le Royaume esp\u00e9r\u00e9, et sa vie d\u2019homme lui est \u00f4t\u00e9e dans d\u2019affreuses conditions\u00a0: \u00ab\u00a0Mon\u00a0 Dieu, mon Dieu, pourquoi m\u2019as-tu abandonn\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb (Marc, 15,34).\u00a0 Mais J\u00e9sus s\u2019abandonne <i>\u00e0<\/i> Dieu\u00a0: au moment o\u00f9 il n\u2019a plus aucune possibilit\u00e9 d\u2019agir et d\u2019\u00eatre, il lui reste l\u2019invocation et il la saisit\u00a0: \u00ab\u00a0Mon P\u00e8re en tes mains, je remets mon esprit\u00a0\u00bb (Luc, 23, 46). Et saint Jean dit de m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Il inclina la t\u00eate et rendit l\u2019esprit \u00bb (Jean, 19 30). La mort de J\u00e9sus est un dialogue, de l\u2019esprit, de l\u2019\u00e2me, du corps, avec Dieu. Et s\u2019il en est ainsi, le Dieu vivant, qui engendre \u00e9ternellement son Fils, qu\u2019Il a envoy\u00e9 sur la terre pour instaurer le Royaume, est l\u00e0-devant \u00e0 la Croix, actif en son silence quand le Fils meurt sur la terre, et, myst\u00e9rieusement, il r\u00e9pond. Il exauce la pi\u00e9t\u00e9 de J\u00e9sus, dit la Lettre aux H\u00e9breux (5,7). &#8211; De plus, J\u00e9sus n\u2019est pas mort seul, mais crucifi\u00e9 avec des brigands et sous le regard de sa M\u00e8re et de quelques autres qui meurent de sa mort, car leur vie est enti\u00e8rement boulevers\u00e9e par sa Croix.<\/p>\n<p>Un chr\u00e9tien peut-il mourir autrement que J\u00e9sus\u00a0? Encore en vie, il peut d\u00e9sirer en tout cas mourir en invoquant le nom du P\u00e8re, et ceux qui entourent le mourant peuvent d\u00e9sirer accompagner cette invocation, \u00e9ventuellement la susciter. En toute mort, il y a abandon de Dieu et \u00e0 Dieu\u00a0; il y a pr\u00e9sence accueillante de Dieu\u00a0: \u00e0 celui qui meurt, \u00e0 ceux qui sont autour de lui. Un jour, par hasard, dans une toute petite revue missionnaire sans pr\u00e9tentions, destin\u00e9e \u00e0 entretenir la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 des lecteurs pour les \u0153uvres d\u2019une quelconque congr\u00e9gation missionnaire, j\u2019ai lu \u00a0cette d\u00e9finition de la mort, venant para\u00eet-il d\u2019un pygm\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Mourir, c\u2019est dire \u00e0 Dieu, \u2018mon P\u00e8re\u2019\u00a0\u00bb. Je ne sais pas si \u00e0 cet homme dit \u00ab\u00a0primitif\u00a0\u00bb, \u00e9tranger en tous cas aux subtilit\u00e9s de nos cultures, un missionnaire avait parl\u00e9 de l\u2019\u00e9vangile. Lui, en tous cas, \u00e9tait all\u00e9 au c\u0153ur m\u00eame de la mort\u00a0; elle marque le temps du don.<\/p>\n<p>Je ne sais pas dans quelle mesure ces rappels de la r\u00e9alit\u00e9 effective de la mort peuvent aider \u00e0 un discernement dans la question qui occupe aujourd\u2019hui les esprits, car nous sommes dans un monde o\u00f9 le regard de la foi chr\u00e9tienne ne fait plus partie de la\u00a0mentalit\u00e9. On peut tout de m\u00eame dire que prendre la d\u00e9cision d\u2019arr\u00eater les machines, c\u2019est \u00e0 nos yeux de croyants provoquer pour la personne ce que les th\u00e9ologiens des ann\u00e9es 1980 appelaient \u00ab\u00a0l\u2019ultime option\u00a0\u00bb\u00a0: c\u2019est faire advenir le moment o\u00f9 elle peut s\u2019abandonner corps et \u00e2me \u00e0 un Dieu, qui est \u00e0 l\u2019horizon, rejoignant ainsi ce que le Christ a fait et que l\u2019Eglise c\u00e9l\u00e8bre tous les jours dans l\u2019Eucharistie. Peut-on le faire\u00a0? Faut-il le faire\u00a0? Je pense que, comme pour tout acte humain, il y a lieu dans ce cas \u00e0 un discernement, car la v\u00e9rit\u00e9 religieuse ou morale de l\u2019agir n\u2019est ni math\u00e9matique ni m\u00e9taphysique. La d\u00e9cision r\u00e9sulte de la rencontre entre une pri\u00e8re qui rejoigne en v\u00e9rit\u00e9 Dieu et l\u2019homme, une appr\u00e9ciation aussi juste que possible des \u00e9l\u00e9ments en pr\u00e9sence, et une impulsion consentie de la volont\u00e9. Si quelqu\u2019un peut prendre la d\u00e9cision d\u00e9finitive, je crois que ce serait le conjoint plut\u00f4t que les parents. L\u2019Ecriture dit en effet que \u00ab\u00a0l\u2019homme quittera son p\u00e8re et sa m\u00e8re et s\u2019attachera \u00e0 sa femme. Et ils ne feront plus qu\u2019une seule chair\u00a0\u00bb (Gen. 2,24 et Matthieu 19,5). La mort d\u2019un homme concerne donc au premier chef sa femme. Mais cette mort, encore une fois, n\u2019est pas un arr\u00eat de la vie, elle est transformation de la vie. <i>Vita mutatur, non tollitur,<\/i> dit la liturgie. Le chr\u00e9tien doit s\u2019en souvenir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On parle beaucoup en ce moment de Vincent Lambert, cet homme jeune qui est depuis 7 ans dans le coma. 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