{"id":5125,"date":"2015-04-27T10:26:56","date_gmt":"2015-04-27T08:26:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cittadellaeditrice.com\/munera\/?p=5125"},"modified":"2015-04-27T10:31:37","modified_gmt":"2015-04-27T08:31:37","slug":"verite-a-alexandrie-erreur-a-constantinople","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cittadellaeditrice.com\/munera\/verite-a-alexandrie-erreur-a-constantinople\/","title":{"rendered":"\u00ab V\u00e9rit\u00e9 \u00e0 Alexandrie, erreur \u00e0 Constantinople ? \u00bb"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00ab\u00a0V\u00e9rit\u00e9 \u00e0 Alexandrie, erreur \u00e0 Constantinople\u00a0?\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/strong><\/p>\n<p>En octobre 2014, les \u00e9glises de la Communion anglicane et les \u00e9glises orthodoxes orientales ont rendu public leur accord sur la confession de foi christologique<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Cet accord marque la fin de quarante ann\u00e9es de discussions entre les diverses \u00e9glises chr\u00e9tiennes en vue de formuler une d\u00e9claration de foi commune sur le Christ. Le premier pas avait \u00e9t\u00e9 fait en 1973, lors d\u2019une rencontre \u00e0 Rome entre le patriarche d\u2019Alexandrie Chenoudah III et le pape Paul VI.<\/p>\n<p>Le point qui m\u2019int\u00e9resse ici est moins la r\u00e9daction aujourd\u2019hui d\u2019une formule d\u2019accord que la reconnaissance officielle du fait que les formules du pass\u00e9 sur l\u2019identit\u00e9 du Christ, une fois replac\u00e9es dans leur contexte culturel et religieux, voire politique, exprimaient de fa\u00e7on authentique la foi de l\u2019Eglise. En d\u2019autres termes, il y avait, et il y a encore une mani\u00e8re l\u00e9gitime de parler \u00e0 Alexandrie de \u00ab\u00a0l\u2018unique nature du Dieu Logos incarn\u00e9\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> et de confesser \u00e0 Constantinople \u00ab\u00a0le Fils unique, en deux natures et en une unique personne\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>. Comment cela est-il possible, alors que l\u2019histoire nous montre que les combats pour une de ces formules et contre l\u2019autre ont d\u00e9chir\u00e9 les Eglises, divis\u00e9 les populations, provoqu\u00e9 des effusions de sang et, peut-\u00eatre fait le lit de l\u2019Islam entre le IVe et le VIe si\u00e8cle\u00a0? Et d\u2019autre part les accords d\u2019aujourd\u2019hui sont-ils vraiment solides, si chacune des \u00e9glises continue, dans sa liturgie, sa cat\u00e9ch\u00e8se et sa pr\u00e9dication \u00e0 se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb formule, dont il faut reconna\u00eetre qu\u2019elle demeure incompatible avec l\u2019autre\u00a0?<\/p>\n<p>Je voudrais tenter de dire ici quelque chose de la l\u00e9gitimit\u00e9 de formules diverses, l\u2019une qu\u2019on utilise, l\u2019autre qu\u2019on reconnait mais qu\u2019on n\u2019emploie pas. Il me semble qu\u2019il y a au moins deux raisons \u00e0 cela. La premi\u00e8re est que les concepts humains et les mots qui les expriment ne sont pas des \u00ab\u00a0id\u00e9es claires et distinctes\u00a0\u00bb (<i>pace<\/i> Descartes) et ne disent pas le \u00ab\u00a0vraiment vrai\u00a0\u00bb (<i>pace<\/i> Platon). Nos pens\u00e9es sont intrins\u00e8quement reli\u00e9es \u00e0 nos images, nos sensations, nos \u00e9motions et il faut sans cesse lutter contre la tentation de les en d\u00e9pouiller (ou, au contraire, de nier l\u2019esprit)\u00a0; l\u2019histoire de la philosophie nous montre qu\u2019une telle lutte est toujours pr\u00e9sente, toujours reprise. \u00a0En d\u00e9finitive, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un cadre assez large, il y a plusieurs mani\u00e8res de dire le vrai, th\u00e9orique, mais aussi pratique. Et l\u2019exemple de la christologie nous montre clairement que ces mani\u00e8res peuvent \u00eatre inconciliables, si on oublie leur enracinement humain. En effet, dans un cas, on nous parle d\u2019une nature unique, dans l\u2019autre de deux. La controverse th\u00e9ologique en restait au concept et au mot et rendait in\u00e9vitable l\u2019exclusive\u00a0; il fallait choisir. Ce qu\u2019on a fini par voir, c\u2019est que le mot \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb a des harmoniques dont on ne peut pas, concr\u00e8tement, faire abstraction. Et ces harmoniques ne sont pas les m\u00eames \u00e0 Alexandrie et \u00e0 Constantinople. Cela veut dire que les chalc\u00e9doniens n\u2019emploieront pas facilement la formule monophysite, ni les\u00a0monophysites la formule chalc\u00e9donienne. Chacun continuera de parler son propre langage, dans lequel il est \u00e0 l\u2019aise, et de r\u00e9citer son propre Credo, mais il reconna\u00eetra \u00e0 l\u2019autre le droit de parler autrement\u00a0: il n\u2019y a pas, il ne peut y avoir univocit\u00e9 du langage, il peut y avoir symphonie. L\u2019h\u00e9r\u00e9sie intervient quand on s\u2019exprime en dehors du cadre symphonique.<\/p>\n<p>La seconde raison qui fonde la diversit\u00e9 des langages est que l\u2019homme est ind\u00e9finiment un \u00e9tudiant\u00a0; son app\u00e9tit de conna\u00eetre est tel qu\u2019il ne saurait s\u2019arr\u00eater dans la recherche du vrai. Une formule porte n\u00e9cessairement la marque d\u2019un certain \u00e9tat de la question, que des d\u00e9couvertes ult\u00e9rieures, des recherches en cours, des \u00e9l\u00e9ments nouveaux d\u00e9stabilisent plus ou moins, de sorte que, l\u00e0 encore les harmoniques d\u2019un mot ou d\u2019une affirmation varient. \u00a0Au terme d\u2019une longue existence o\u00f9 la th\u00e9ologie a occup\u00e9 une grande place, j\u2019ai facilement pu m\u2019en rendre compte, d\u2019autant plus que ce temps a \u00e9t\u00e9 travers\u00e9 par le Concile Vatican II et, plus g\u00e9n\u00e9ralement les immenses changements culturels dont internet pourrait \u00eatre pris comme le symbole. Ici encore, il faut s\u2019efforcer de d\u00e9limiter le \u00ab\u00a0cadre symphonique\u00a0\u00bb entre un oubli des v\u00e9rit\u00e9s pass\u00e9es ou au contraire un attachement d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 \u00e0 elles, ce qui serait dans les deux cas la n\u00e9gation du temps.<\/p>\n<p>En somme, je pense que les accords christologiques actuels<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a> nous font toucher du doigt que la v\u00e9rit\u00e9 ne peut s\u2019exprimer que dans le temps (divers \u00e9tats du savoir) et dans l\u2019espace (diversit\u00e9 des contextes culturel, sensible et \u00e9motionnel), que son expression et sa pratique peuvent ne pas \u00eatre absolument identiques \u00ab\u00a0partout et toujours\u00a0\u00bb. Toute la difficult\u00e9 de l\u2019interpr\u00e9tation et du discernement vient de l\u00e0. Nous aurions int\u00e9r\u00eat \u00e0 nous en souvenir aujourd\u2019hui, dans d\u2019autres controverses o\u00f9 intervient aussi le mot \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Ce titre fait \u00e9videmment allusion \u00e0 la formule de Pascal\u00a0: \u00ab\u00a0V\u00e9rit\u00e9 en de\u00e7\u00e0 des Pyr\u00e9n\u00e9es, erreur au-del\u00e0\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Voir le texte dans<i> Istina<\/i>, LX, 2015, 110-113.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Formule dite \u00ab\u00a0monophysite\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Formule dite \u00ab chalc\u00e9donienne\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> On pourraient en dire autant de l\u2019accord entre luth\u00e9riens et catholiques sur la gr\u00e2ce, conclu il y a quelques ann\u00e9es \u00e0 Augsbourg.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0V\u00e9rit\u00e9 \u00e0 Alexandrie, erreur \u00e0 Constantinople\u00a0?\u00a0\u00bb[1] En octobre 2014, les \u00e9glises de la Communion anglicane et les \u00e9glises orthodoxes orientales ont rendu public leur accord sur la confession de foi christologique[2]. 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