{"id":10871,"date":"2016-07-04T15:21:49","date_gmt":"2016-07-04T13:21:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cittadellaeditrice.com\/munera\/?p=10871"},"modified":"2016-07-04T15:22:26","modified_gmt":"2016-07-04T13:22:26","slug":"la-nuit-de-feu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cittadellaeditrice.com\/munera\/la-nuit-de-feu\/","title":{"rendered":"La nuit de feu"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.cittadellaeditrice.com\/munera\/wp-content\/uploads\/Schermata-2016-07-04-alle-15.20.57.png\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-10872 alignleft\" alt=\"Schermata 2016-07-04 alle 15.20.57\" src=\"http:\/\/www.cittadellaeditrice.com\/munera\/wp-content\/uploads\/Schermata-2016-07-04-alle-15.20.57.png\" width=\"250\" height=\"378\" srcset=\"https:\/\/www.cittadellaeditrice.com\/munera\/wp-content\/uploads\/Schermata-2016-07-04-alle-15.20.57.png 348w, https:\/\/www.cittadellaeditrice.com\/munera\/wp-content\/uploads\/Schermata-2016-07-04-alle-15.20.57-198x300.png 198w\" sizes=\"(max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a>Dans <i>La Nuit de feu<\/i> d\u2019Eric-Emmanuel Schmitt (Paris, Albin Michel, 2015) \u2013 un livre qui semble conna\u00eetre une diffusion consid\u00e9rable, et il la m\u00e9rite \u2013 trois passages sont frappants.<\/p>\n<p><i>L\u2019\u00e9pisode de la voiture rouge<\/i> (p. 60-63). L\u2019auteur a cinq ans, il active avec \u00e9nergie sa voiture rouge \u00e0 p\u00e9dales, pour tenir le pas avec son p\u00e8re qui marche \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et, soudain, voici qu\u2019il fait une \u00e9trange exp\u00e9rience d\u2019existence : \u00ab\u00a0Je suis l\u00e0\u2026 Je m\u2019appelle Eric-Emmanuel, je suis le fils de Paul Schmitt, et j\u2019existe\u00a0\u00bb. Une exp\u00e9rience formidablement personnelle\u00a0: il se rend compte qu\u2019il est l\u00e0, qu\u2019il existe, qu\u2019il vit\u00a0! \u00ab\u00a0Mon \u2018je\u2019 cessait d\u2019appartenir \u00e0 la grammaire, je me l\u2019appropriais, un point de vue, doubl\u00e9 d\u2019un contenu\u00a0\u00bb. Il est subitement introduit dans le monde du r\u00e9el\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019existe\u00a0\u00bb, il \u00e9prouve le \u00ab\u00a0bonheur d\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb. L\u2019\u00eatre, la vie\u00a0ne sont pas le terme d\u2019une longue recherche, la cons\u00e9quence d\u2019un parcours inquiet, \u00ad[Descartes\u00a0: \u00ab\u00a0\u2026<i>donc<\/i> je suis\u00a0\u00bb], mais une \u00e9vidence premi\u00e8re, un \u00e9blouissement, un tr\u00e9sor, qui illumine en m\u00eame temps le soi et tout le reste\u00a0: \u00ab\u00a0je suis, tu es, il est\u00a0\u00bb, tout cela d\u2019un seul coup. Une exp\u00e9rience qu\u2019on peut dire \u2018m\u00e9taphysique\u2019. \u2013 Je sais bien moi-m\u00eame o\u00f9 et quand j\u2019ai fait une exp\u00e9rience analogue, qui donne pour toujours le sentiment de l\u2019\u00eatre, qui fait surgir sans qu\u2019on y soit pour rien l\u2019\u00e9vidence de l\u2019existence de soi, du monde et qui laisse aussi pressentir Dieu. Kant a raison de dire que le Moi, le Monde et Dieu sont au-del\u00e0 de l\u2019entendement\u00a0: ils surgissent dans l\u2019exp\u00e9rience et alors, ils fondent l\u2019entendement. L\u2019ennui est qu\u2019on peut \u00eatre agr\u00e9g\u00e9 de philosophie ou professeur ordinaire de th\u00e9ologie sans avoir jamais fait une telle exp\u00e9rience, ou bien sans l\u2019avoir identifi\u00e9e, ou bien en l\u2019ayant oubli\u00e9e. Alors tr\u00e8s intelligemment on combine des raisonnements mais\u2026<\/p>\n<p>La difficult\u00e9 est que, si on a fait cette exp\u00e9rience, on ne peut pas la transmettre avec des mots ou des concepts, car elle leur est ant\u00e9rieure. Je crois que, pour introduire \u00e0 l\u2019\u00eatre, saint Thomas parle de <i>manuductio<\/i>\u00a0: tu prends ton \u00e9tudiant par la main, tu essaies de le mettre en condition de \u00ab\u00a0saisir\u00a0\u00bb, mais tu ne peux rien de plus. Ainsi d\u2019Eric-Emannuel\u00a0: il nous raconte, mais l\u2019\u00e9tincelle ne peut venir que de notre int\u00e9rieur. Puisse son r\u00e9cit \u00e9veiller l\u2019un ou l\u2019autre.<\/p>\n<p><i>La le\u00e7on d\u2019astronomie<\/i>. La controverse entre Eric-Emannuel et Jean-Pierre (p. 68-72) soul\u00e8ve la question du statut de la v\u00e9rit\u00e9, celle de Pilate, la n\u00f4tre\u00a0: \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce que la v\u00e9rit\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb Le physicien ne se pose pas la question\u00a0: la th\u00e9orie du Big Bang est l\u2019expression de la v\u00e9rit\u00e9 scientifique, point. Le philosophe souligne alors la pr\u00e9carit\u00e9 de cette th\u00e9orie, que la recherche scientifique remplacera plus tard par une autre, mais il conclut sans doute trop vite\u00a0: \u00ab\u00a0votre th\u00e9orie expose la fa\u00e7on moderne d\u2019habiter l\u2019ignorance\u00a0\u00bb En r\u00e9alit\u00e9, je pense que si toute v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire toute expression verbale de la connaissance, est \u00e0 la fois partielle et provisoire, l\u2019exp\u00e9rience prouve aussi qu\u2019elle suffit pour vivre, c\u2019est-\u00e0-dire g\u00e9rer l\u2019existence concr\u00e8te. J\u2019ai souvent entendu dire que, \u00ab\u00a0pour les op\u00e9rations habituelles, la physique de Newton suffit\u00a0\u00bb. Elle ne suffit pas pourtant \u00e0 combler le d\u00e9sir de conna\u00eetre, qui nous habite \u00e0 l\u2019infini, et c\u2019est pourquoi la recherche reprend et progresse afin d\u2019arriver \u00e0 des perceptions plus larges, plus englobantes mais aussi plus pr\u00e9cises. Ainsi, on voudrait aujourd\u2019hui pouvoir unifier dans une seule th\u00e9orie la relativit\u00e9 et les quanta. \u2013 Il en est de m\u00eame, ou il devrait en \u00eatre de m\u00eame dans les choses de la foi. La R\u00e9v\u00e9lation est faite d\u2019histoires, de symboles, de formules relativement (mais relativement seulement\u00a0!) coh\u00e9rentes. Les interpr\u00e9tations et les constructions ont de la valeur, elles soutiennent la vie avec Dieu et les hommes. Mais le processus est infini. Les cent derni\u00e8res ann\u00e9es ont profond\u00e9ment modifi\u00e9 le langage et la perception de la foi\u00a0: ces modifications toutefois, pour \u00eatre authentiques, doivent \u00eatre, ont \u00e9t\u00e9 une reprise en profondeur et selon des lumi\u00e8res neuves, de la m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 qui se disait et se vivait un peu autrement. Il n\u2019y a place ni pour le scepticisme, ni pour le dogmatisme.<\/p>\n<p><i>L\u2019autre corps<\/i>. Evidemment, le r\u00e9cit de l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019on peut dire mystique (p. 132-143) est la partie la plus forte de\u00a0l\u2019ouvrage. Je ne veux pas la r\u00e9sumer ici, mais la commenter avec une r\u00e9flexion que je me suis souvent faite\u00a0: quand nous parlons du corps, de quelque mani\u00e8re que ce soit, nous pensons toujours \u00e0 ce corps-ci, \u00e0 la mani\u00e8re mat\u00e9rielle, spatiale, temporelle, que nous lui connaissons et selon laquelle nous vivons, m\u00eame spirituellement. Mais nous (au moins nous les chr\u00e9tiens), nous avons peut-\u00eatre tort. Puisque nous croyons en la r\u00e9surrection et \u00e0 la vie \u00e9ternelle, il faudrait essayer de penser ce corps-ci \u00e0 partir de l\u2019autre, ce corps-l\u00e0, qui est la v\u00e9ritable finalit\u00e9 du premier. Comprendre la figure \u00e0 partir de la transfiguration. Les paroles d\u2019Eric-Emmanuel me semblent tout \u00e0 fait justes. Il parle de la mort\u00a0: \u00ab\u00a0La force ne m\u2019annon\u00e7ait pas lorsque je p\u00e9rirais\u2026 Elle m\u2019expliquait que ce serait utile et merveilleux. Je devais apprendre \u00e0 accepter cet \u00e9v\u00e9nement, mieux m\u00eame \u00e0 l\u2019aimer. Ce jour-l\u00e0 constituerait une bonne surprise\u00a0! La mort n\u2019apporterait pas une fin,\u00a0mais un changement de forme\u00a0; j\u2019\u00e9chapperais \u00e0 cette terre pour gagner une patrie, l\u2019unit\u00e9 premi\u00e8re inconnue\u00a0\u00bb. La liturgie ne dit pas autre chose\u00a0: \u00ab\u00a0la vie est chang\u00e9e, elle n\u2019est pas supprim\u00e9e\u00a0\u00bb. Elle nous dit aussi que le Christ est le premier qui ait pass\u00e9 par cette exp\u00e9rience, et la foi nous assure que le bapt\u00eame a inscrit dans notre corps les arrhes, c\u2019est-\u00e0-dire quelque chose, un avant-go\u00fbt, de cette terre nouvelle. Notre corps est m\u00eame et autre. Jour apr\u00e8s jour, il faut vivre le m\u00eame (ce corps-ci) \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019autre, celui qu\u2019Eric-Emmanuel Schmitt a exp\u00e9riment\u00e9, celui que la foi nous fait d\u00e9j\u00e0 reconna\u00eetre en nos membres, tandis que nous continuons de vivre. Cela ne veut pas dire quitter le corps ou le refuser, mais dans les formes et la sensibilit\u00e9 qu\u2019il est pour nous aujourd\u2019hui, le pressentir tel qu\u2019il sera lui-m\u00eame enfin, et g\u00e9rer notre existence dans cette lumi\u00e8re symbolique. Et regarder le corps des autres \u00e0 cette m\u00eame lumi\u00e8re. Chaque homme dans le m\u00e9tro est promis \u00e0 la gloire, et un certain regard peut la d\u00e9celer en lui.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans La Nuit de feu d\u2019Eric-Emmanuel Schmitt (Paris, Albin Michel, 2015) \u2013 un livre qui semble conna\u00eetre une diffusion consid\u00e9rable, et il la m\u00e9rite \u2013 trois passages sont frappants. 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